Ils adorent les caresses

mardi 07 août 2007

Douce émotion

Une petite note de douceur pour changer des billets pas très drôles de ces derniers temps. En farfouillant dans mes paperasseries hier (à la recherche d'un document que je n'ai d'ailleurs pas trouvé, mouarf), je suis retombée sur un poème écrit pour moi par un jeune homme il y a une quinzaine d'années. C'était une époque un peu spéciale, je fréquentais des gens assez marginaux qui tournaient tous autour d'un personnage très particulier. Bon, c'est vrai que j'ai toujours été attirée par les personnes plus ou moins en marge, même mon Lui d'amour l'est un peu, ne serait-ce que de par son métier mais aussi par sa personnalité, mais ceux-là étaient vraiment très spéciaux. On se retrouvait donc régulièrement à une dizaine chez ce copain (le personnage particulier), artiste peintre, un peu fou, sauvage et fascinant, magnétique, à fleur de peau, et dont le regard perçant vous donnait l'impression qu'il lisait toutes vos pensées. Il habitait un immense appartement parisien qu'il partageait avec sa mère (vous savez, ce genre d'endroit où l'on se perd en revenant des toilettes tellement c'est grand ;) ), ces appartements que l'on appelle "haussmanniens" avec des plafonds moulurés à des hauteurs vertigineuses, des vieux parquets qui craquent à chaque pas et des portes-fenêtres à petits carreaux dans chaque pièce.

Bref, il y faisait de temps en temps de grandes fêtes où l'on rencontrait des gens parfois étranges, mais le plus souvent on se retrouvait à 10 ou 12 dans sa chambre gigantesque et on refaisait le monde, aidés en cela de boissons largement alcoolisées, et de substances pas vraiment licites (mais soft quand même hein !). Je me souviens tout particulièrement d'un soir où l'un de ses copains, que je voyais régulièrement chez lui mais que je connaissais peu car il ne parlait jamais beaucoup, s'est d'un coup mis à me regarder à la dérobée et à écrire sur un bout de papier déchiré. La soirée s'est terminée et en me disant au-revoir il m'a mis le papier dans la main. Je l'ai sous les yeux, voici ce qu'il y avait écrit :

Vrai, parfois quelques vers plaqués

En vrac, mièvrement agencés

Restent lettre morte.

Ou plutôt risquons quelque chose d'autre sorte.

Nez frémissant, profil vibrant, Guenièvre

Inspire une réelle émotion. Ses lèvres,

Quitus troublant sous son calme apparent,

Une heureuse harmonie traversée par instants

En sorts hésitants. Vous êtes belle, vraiment.

Voilà. Je ne l'ai plus jamais revu chez notre ami commun mais ces quelques mots déposés pour moi sur ce bout de papier, un peu tremblés (il écrivait assis sur un lit) et parfois barrés, m'émeuvent toujours autant aujourd'hui que ce soir-là. Et pour leur rendre hommage quoi de mieux que l'un des sublimes clichés de mon blogami Laurent, intitulé "Goutte de pluie"

Clich_laurent

samedi 28 avril 2007

Pan de vie

Encore un billet qui ne va pas être très gai. Je sais que ça en fait  pas mal ces derniers temps mais bon c'est comme ça, ce doit être un effet bizarre du printemps sur moi :-))

En fait c'est le commentaire de ma blogamie Laudith sur la note "Eux et moi, bis" concernant le fait d'être seul ou mal accompagné, et la réponse que je lui ai faite, qui m'ont donné envie de vous parler de ce morceau de ma vie. Parce qu'en effet, j'en connais autant sur la solitude que sur le fait d'être mal accompagnée.

J'avais 23 ans quand j'ai rencontré F. On travaillait dans la même société, une grosse boîte. J'étais hôtesse d'accueil, il travaillait au service entretien et maintenance en tant qu'électricien. Il avait 28 ans, il était marié et avait une petite fille d'un peu plus de 2 ans. On s'est plu, on a rapidement démarré une relation, extraconjugale en ce qui le concernait. Je ne me plaignais de rien, la situation m'allait, je n'ai jamais une seconde envisagé qu'il brise son couple pour moi. Probablement n'étais-je pas méga amoureuse mais bref, tout m'allait très bien comme ça. Au bout de 2 ou 3 mois de cette relation il m'appelle un week-end où j'étais allée voir mes parents, et m'annonce tout de go qu'il vient de décider de quitter sa femme, et arrive me rejoindre chez mes parents pour faire leur connaissance. J'ai fait un bond de 18 mètres au téléphone et lui ai répondu "Non mais ça va pas la tête ??!!" J'ai tout essayé, l'ai supplié de réfléchir, de ne pas faire ça, de penser à sa fille, lui ai dit et répété qu'on était très bien comme ça, que ça me suffisait. Rien à faire. Tout ce que j'ai réussi c'est qu'il ne débarque pas chez mes parents dans l'heure, mais ce n'était finalement qu'un détail. Il a répondu à toutes mes tentatives de dissuasion en disant que ça faisait déjà pas mal de temps que ça n'allait plus avec sa femme, que ce n'était pas arrangeable, que ce n'était pas pour rien s'il avait craqué pour quelqu'un d'autre, etc. Trois jours plus tard il débarquait avec toutes ses affaires dans le grand studio en plein coeur de Paris que j'habitais à l'époque. Et là a commencé l'enfer. Pour 5 années. En fait on se connaissait peu, ce n'est pas en voyant quelqu'un quelques petites heures à peine une fois par semaine pendant 3 mois, en plus essentiellement pour faire l'amour, que l'on peut le connaître. J'ai d'abord découvert quelqu'un de terriblement jaloux. Maladivement jaloux. Le moindre homme qui me regardait dans la rue (et à cette époque toute modestie mise à part c'était plutôt fréquent) et j'avais droit à une scène épouvantable, alors que je n'y étais absolument pour rien et n'avais même rien remarqué. Je trouvais aussi qu'il buvait un peu trop, mais je me disais que ce devait être le stress du divorce (sa femme était quelqu'un d'extraordinaire et ne lui a pourtant pas rendu les choses difficiles bien au contraire) et je ne cherchais pas plus loin. Et puis il était capable d'être si gentil, si généreux, si adorable, que ça effaçait chaque fois le reste. Après 3 mois de vie dans mon studio on a décidé de se choisir quelque chose d'un peu plus grand et on a emménagé tous les deux dans un grand 2 pièces. Mais les crises de jalousies empiraient, et devenaient même problématiques par rapport à mon travail : il passait me voir à mon poste d'accueil sans arrêt, et si j'avais le malheur de sourire à quelqu'un (ce qui était tout de même mon job) hop j'avais une méga scène. Il buvait aussi de plus en plus, il est devenu totalement alcoolique. Il commençait à 7h00 du matin avec de la bière, puis passait au whisky et n'arrêtait pas avant de se coucher. Pourquoi donc ne suis-je pas partie en courant ? J'ai été complètement phagocytée, je culpabilisais à cause de son divorce, je me disais que je ne pouvais plus l'abandonner maintenant, qu'il était malade et avait besoin de moi. Il était aussi dépressif au dernier stade et a fait 3 tentatives de suicide aux médicaments pendant qu'on était ensemble. Heureusement qu'il était inconscient quand les pompiers venaient le chercher parce qu'à force j'étais presque devenue copine avec le jeune et très mignon capitaine de la caserne ;-)

Il était aussi petit à petit devenu violent. Il ne m'a jamais réellement frappée, mais il a essayé de me tuer 2 fois, par strangulation. Sans aucune raison, probablement juste parce que je devais être en train de l'em*erder à le supplier d'arrêter de boire. Et je peux vous assurer que c'est une sensation atroce, ces mains serrées autour du cou, d'une force inouïe, cette impossibilité de respirer, le noir qui envahit tout, la force qui s'en va. Heureusement que je ne suis pas une toute petite nature et que j'ai chaque fois réussi à me défendre, parce que sinon je ne serais probablement pas là aujourd'hui. Ensuite j'en avais pour des jours et des jours à me promener en col roulé ou le cou entouré de foulards pour cacher les marques violettes. Qu'est-ce que j'ai dû m'inventer comme soi-disant angines qui ne guérissaient pas... Il tapait dans les murs, il s'en est même une fois cassé la main, brisait des objets. Pourquoi ai-je accepté tout ça ? Pourquoi ai-je toujours tout pardonné ? Je crois que je ne le saurai jamais. Après chaque scène il revenait avec un bouquet de fleurs plus grand que lui, un cadeau, des excuses qu'il me faisait en pleurant, en promettant de ne jamais recommencer. J'ai réussi à lui faire suivre une cure de désintoxication alcoolique, ce qui n'a pas été facile pour deux raisons : d'abord le fameux déni "mais non je ne suis pas alcoolique, j'arrête quand je veux", ensuite le fait de savoir que j'allais rester toute seule pendant 3 semaines, c'était trop pour sa jalousie. Il a quand même fait cette cure, m'appelant 10 fois par soirée pour savoir si j'étais là. Quand il en est revenu et a vu que j'avais viré tous les alcools de l'appartement, il est ressorti tout racheter et a recommencé à boire.

On avait quand même des bons moments, c'est probablement ce qui m'a fait rester, il savait aussi être très gentil ; mais de plus en plus rarement au fil du temps. Et puis un jour, au bout de 5 ans de cet enfer, lors d'un dîner chez des amis il y a eu un déclic en moi et ça a été fini. Terminé. J'ai enfin réalisé qu'il était en train de me tuer à petit feu, qu'il me prenait toute mon énergie pour essayer de vivre car il n'y arrivait pas tout seul et que je ne pourrai jamais rien faire pour lui, pour l'aider ; son mal-être était un puits sans fond. Je dépérissais, je suis à cette époque descendue à 51 kilos (je vous rappelle que je mesure 1m 75), et pourtant il n'était pas question d'anorexie, juste du fait qu'il me pompait littéralement toute ma substance vitale. Ma soeur de coeur Vivie peut témoigner de cette époque...

Je l'ai donc quitté. ça n'a pas été facile à gérer parce qu'il s'était mis en tête que je faisais juste une crise et que j'allais revenir vers lui, il me harcelait au travail (je vous rappelle qu'on bossait dans la même boîte) et au téléphone, heureusement il était plus souvent en arrêt de travail pour dépression que présent ce qui me permettait de travailler à peu près normalement. J'ai déménagé et me suis mise sur liste rouge. Il s'était lui aussi trouvé un autre appart, enfin il vivait chez une copine. Elle était toxico, alors bien sûr il a rapidement ajouté la drogue à l'alcoolisme, il n'était plus à ça près. 8 mois après notre séparation il s'est tué en se jetant d'une fenêtre du 4ème étage de là où il habitait. J'étais en vacances avec mon nouveau petit ami (celui avec qui j'ai fait le voyage dans le Sahara) dans le sud de la France. C'est ma Vivie (on travaillait ensemble aussi) qui a appelé mes parents pour leur annoncer la nouvelle et ma mère m'a appelée dans le sud. J'avoue, j'ai affreusement culpabilisé sur le moment. Mais heureusement j'étais entourée de gens adorables, mon ami, ses parents et sa soeur, qui m'ont aidée à passer ce cap.

Alors voilà, tout ça pour dire qu'en effet mieux vaut être seul(e) que mal accompagné(e). Cette note est très longue, ce n'est pas trop mon habitude et en général j'évite, mais je pouvais difficilement faire plus court cette fois-ci. J'espère quand même que je ne vous ai pas trop ennuyés, et je vous promets que le prochain billet sera beaucoup plus gai que les derniers ! ;-)

Bravo à ceux qui ont eu le courage d'aller au bout de cette tartine, et gros bisous et bon week-end de 1er mai à tout le monde :)

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mercredi 14 mars 2007

Déshabillage un peu sauvage / 2nde partie

Suite à la note du 5 mars où je vous annonçais deux anecdotes pour finalement n'en raconter qu'une, voici donc la seconde. Elle est un chouilla moins coquine, je vous préviens tout de suite...

Cela se passait à peu près à la même époque, j'avais environ 36 ans. J'ai eu une relation (assez courte) avec un homme trrrrrrrès coquin et assez gonflé. Nous étions en train de tranquillement dîner au restaurant quand bien évidemment (bien évidemment parce que c'était lui) la conversation a dérivé sur le sexe. Je portais une jupe noire droite et courte (quand je dis courte j'entends au-dessus du genou hein, pas un pagne au ras de la touffe ça n'a jamais été mon truc), une veste de tailleur assortie, et dessous un body bleu et des dim-ups (rappelez-vous, j'ai horreur des collants) ; et des chaussures bien sûr, kanmême. Et le voilà-t-y pas qui me met au défi d'enlever mon body. Comme ça, en plein restaurant. Taré il était je vous dis. Imaginez, une nana qui enlève sa veste, fait tomber les bretelles de son body et se retrouve donc les seins à l'air en plein restaurant, et remet tranquillement sa veste, genre "arf, fait un peu chaud ici". Après une âpre négociation entre lui et moi, j'ai décidé de descendre aux toilettes du restaurant pour retirer le haut du body, et suis revenue à table pour terminer le strip, c'est à dire finir d'enlever mon body par le bas, en public et mine de rien. Enfin quand je dis mine de rien, je crois que nos voisins de table se sont parfaitement rendu compte de ce que je faisais, d'autant que l'on était morts de rire. Bref, j'ai terminé ce dîner totalement nue sous mon tailleur, et j'avoue que... j'ai adoré ça. J'ai même recommencé ensuite, plusieurs fois, avec d'autres hommes (des namoureux hein, pas juste des copains !), ne leur disant que je ne portais aucun sous-vêtement qu'en plein milieu du repas quand ils ne peuvent rien faire. Voir le désir et l'excitation au fond de leur regard est au  moins aussi excitant que de se savoir nue sous un peu de tissu... Bon je vous rassure, je fais ça rarement. Très rarement. Mais de temps en temps, hmmmmm.....

Une photo de ce que j'étais à peu près à cet âge (arf, deviendrais-je narcissique ??)

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Cette photo a été prise pendant ces vacances-là, donc quelques toutes petites années avant.

lundi 05 mars 2007

Déshabillage un peu sauvage

Entre le récit de l'enlevage de robe en plein cinéma (dont je ne veux pas mettre le lien ici parce que la note en question comprend aussi entre autre un paragraphe citant un événement que j'ai maintenant évacué de ma vie comme un très mauvais, douloureux et maléfique souvenir), certain article sur la masturbation féminine et celui d'une rencontre dans des conditions un peu spéciales, si je continue les récits dans ce genre je vais finir par vraiment passer au mieux pour une folle, au pire pour une espèce d'exhibitionnistopathe, mais tant pis. Ceci est mon espace n'est-ce pas, le seul endroit au monde où je peux tout (ou presque) dire de ma vie passée et de mes envies futures, de moi en fait ; alors s'il y a forcément toujours quelques barrières, il n'y en aura en tout cas pas pour ces choses-là... ;-))

Il y a cette fois deux anecdotes, se situant à peu près à la même époque. J'avais un peu plus de 35 ans, 36 ou 37 je ne sais plus très bien. J'avais une relation avec un homme un peu cérébral, intellectuel (il était chirurgien), et pas très porté sur les délires coquins. Côté câlins ça se passait plutôt bien (hmmmmmmm les mains d'un chirurgien je vous dis que ça.......), mais côté imagination en ce qui le concernait c'était un peu le désert de Gobie. Un soir, après un dîner dans une grande brasserie parisienne près de chez lui où nous avions particulièrement accompagné poissons et fruits de mers d'excellents vins blancs, nous sommes rentrés à pied chez lui. Je portais une robe bleu marine un peu au-dessus du genou, une veste de tailleur et des dim-ups (j'ai horreur des collants, qu'on se le tienne pour dit), et des sous-vêtements bien sûr. Rouges très exactement. On avait trop bu tous les deux, je ne sais plus très bien comment l'idée m'a traversé les deux neurones (oui, j'en avais encore deux à cette époque) mais j'ai tranquillement enlevé ma petite culotte en pleine rue. J'étais pliée de rire, il était carrément violet à l'idée que l'on puisse me voir. D'ailleurs on m'a vue, il y avait un couple derrière nous qui nous a doublé (ben oui, pas facile de se déculotter en continuant à marcher normalement) en nous souhaitant, mort de rire, une "bonne soirée". Il n'arrivait pas à croire que j'avais osé faire ça. Qund on est arrivés chez lui il a voulu passer par sa cave pour y prendre une bonne petite bouteille de vin pour terminer la soirée, et on a fait l'amour dans la cave, debouts contre un mur de briques ; et là bizarrement je n'ai pas une seconde pensé aux éventuelles bestioles à 8 pattes... Je l'ai d'ailleurs presque violé. Je veux dire, je n'ai pas eu grand chose à faire pour que ça marche, le demi-déshabillage en pleine rue avait déjà porté ses fruits, mais il ne s'y attendait pas dans la cave et je crois qu'il n'avait jamais fait l'amour dans un lieu public. Il me disait "méheuuuuu on peut pas faire ça ici, si quelqu'un vient ?!" et je lui répondais "mais bien sûr que si, regarde, y a personne !". On est restés copains, on s'appelle de loin en loin, et chaque fois il me demande des nouvelles de ma petite culotte rouge. Pour un peu je penserais que ça l'a marqué... :))

Bon, ce billet est bien assez long comme ça finalement, on verra donc la seconde anecdote une autre fois !

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(J'espère que je ne vole cette photo à personne. Je n'ai pas vu de droits réservés à son sujet mais si c'est le cas dites-le moi et je l'enlèverais, ou en citerais la source, au choix)

samedi 24 février 2007

Un homme et une femme

Ils avaient tous les deux 21 ans, et le moins que l'on puisse dire est que leur rencontre fut détonnante. C'était à la Rochelle, plus précisément au Grand Pavois, salon nautique annuel international du mois de septembre. Ils y travaillaient tous les deux, elle aidait son oncle qui y avait un stand de vente et de gravage de briquets Zippo (les fameux briquets 'tempête' chéris des marins) et lui travaillait pendant les vacances pour une grande marque de bateau. Le salon n'ouvrait ses portes que le lendemain et tous les exposants s'installaient, criaient, s'énervaient, transpiraient, se bousculaient et couraient partout. Elle revenait d'une cabine téléphonique à l'extérieur du chapiteau où elle venait de se disputer définitivement avec son dernier petit ami en date (histoire sans importance où personne n'était amoureux et qui n'avait pas duré longtemps, mais comme elle était déjà fière elle était furieuse d'avoir été prise pour une andouille), et marchait au pas de charge plongée dans sa colère, les yeux fixés sur le sol et complètement aveugle à ce qui se passait autour d'elle. Mais en face d'elle arrivaient deux jambes surmontées d'une montagne de matériel de bateau, lui. Il ne pouvait pas voir ce qu'il y avait devant lui mais ce qu'il portait était tellement volumineux qu'il était en droit de supposer qu'on le voyait arriver de loin et qu'on l'éviterait. Mais pas elle. Elle lui est rentrée dedans de plein fouet, faisant s'écrouler tout l'échafaudage de matériel qu'il avait dans les bras. "Ohhhhhhhh, je suis désolée !!" s'est-elle aussitôt écriée. "Et bien... pas moi..." a-t-il répondu doucement avec un sourire éclatant, les yeux plongés dans ses yeux à elle. Elle l'a aidé à reconstruire son échafaudage, s'en est chargée d'une partie et l'a accompagné à son stand. Il l'a invitée à boire un café, et de ce jour ils ont déjeuné ensemble chaque fois que ça a été possible, ou pris un café l'après-midi, bref ne pouvaient pas rester plus de quatre heures d'affilée sans se voir. Le salon durait à l'époque une dizaine de jours et il ne s'est rien passé entre eux pendant ce temps, à part le fait qu'ils sont tombés amoureux bien sûr. Tout a vraiment commencé dès leur retour chez eux. Il habitait en banlieue parisienne avec ses parents et sa jeune soeur, il était étudiant en archi. Elle travaillait déjà, et vivait à la campagne où ses parents venaient de faire construire une maison quatre ans plus tôt. Mais elle travaillait à Paris, à la fois en intérim où elle se retrouvait dans des petites missions la plupart du temps sans aucun intérêt (standardiste, photocopieuse, classeuse d'enquête etc.) et dans le mannequinat (ben oui, plutôt hétéroclite comme association de jobs ;) ), et tous ces trajets entre Paris et sa campagne n'étaient pas pratiques du tout. Alors très vite et avec l'aval de ses parents, il lui a proposé de venir vivre chez eux. ça a duré un peu plus d'une année, une année merveilleuse. C'était une famille bohême et chaleureuse avec qui elle s'est immédiatement entendue. Elle vivait la plus belle histoire d'amour du monde, vous savez ce genre de relation où vous êtes en permanence branché sur l'esprit de l'autre, où l'un commence une phrase que l'autre termine en même temps, où les deux font le même geste exactement au même moment, où chaque câlin physique est littéralement magique. Ils faisaient des milliers de choses, sortaient, partaient en week-end, en vacances. Elle était considérée par les parents comme l'évidente belle-fille. Elle a passé dans cette famille des moments inoubliables, les parents avaient une vie sociale intense. Elle a même eu la chance de connaître un célèbre humoriste qui commençait tout juste à être connu à l'époque et à qui elle doit les meilleurs fou-rires de sa vie, un certain Michel Le*b. Il était un ami de la famille et venait souvent dîner.

Quand ça s'est terminé, quand il a voulu la quitter, d'un coup, alors que tout était si parfait et si évident entre eux, elle a cru mourir. Plus jamais ensuite elle n'a eu aussi mal de toute sa vie. Elle dépérissait, ne mangeait plus, n'avait plus envie de rien, plus d'avenir, plus envie de vivre. Et puis petit à petit elle a remonté la pente. Mais ça lui a pris une énergie phénoménale, lui a demandé une force considérable. ça a été tellement difficile pour elle que quand il est revenu vers elle, quelque chose comme 5 mois plus tard, elle avait fait un tel travail sur elle-même, vers la guérison, qu'elle l'a rejeté. Il lui avait fait trop mal et elle n'avait plus confiance en lui. Ce jour-là, elle a probablement fait la plus grosse erreur de sa vie.

Vous l'aurez deviné, ce petit conte est autobiographique. Cet homme a été le plus bel amour de ma vie. Je ne dis pas que je ne suis pas retombée amoureuse ensuite, heureusement, mais jamais autant, jamais de cette façon. Enfin jusqu'à maintenant. Parce que je fais partie de ceux qui pensent que l'on peut tout à fait aimer intensément plusieurs fois dans une vie et j'aime croire que ça peut m'arriver à nouveau un jour. Enfin faudrait pas attendre trop longtemps, kanmême, hein... Pourquoi je vous raconte tout ça aujourd'hui ? Parce que j'ai rêvé de lui cette nuit ;-)

Pour finir, une photo de ce à quoi je ressemblais à l'époque. Photo prise par lui, dans sa chambre

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mercredi 14 février 2007

Audacieuse rencontre

J'ai aujourd'hui déjeuné avec mon ami Claude. Comme on le fait à peu près une fois par mois quand il vient à Paris. Vous savez, si je devais un jour donner quelques raisons de ma satisfaction d'avoir créé mes blogs, ce serait pour avoir fait la connaissance de cet homme génial, et de Elle. Bien sûr qu'il y a plein d'autres personnes que j'ai été ravies de rencontrer (je ne vais pas les citer passke je suis certaine d'en oublier et je risque de blesser alors je préfère m'abstenir) mais ces deux-là, et ma Pralinette aussi bien sûr malgré notre embrouille ensuite, ben ça a tout de suite été du solide, ce sont des vrais amis et ça continue, et ça continuera. Les déjeuners avec Claude commencent en général vers midi et demi et se terminent toujours autour de 18h00 minimum. Entre temps bien sûr on papote à bâtons rompus, on se conte, se raconte, on refait le monde et l'humanité. Et aujourd'hui une anecdote rigolote est arrivée dans la conversation, une folie que j'ai faite il y a un peu plus de 10 ans. De toute façon vous le savez, je suis un peu folle, alors ça ne va probablement pas tellement vous étonner...

J'avais environ 36 ans et j'avais envie de rencontrer des hommes, enfin un homme bien sûr mais avant de rencontrer "le bon" il faut bien se lancer dans l'arène. Internet n'avait pas l'importance d'aujourd'hui dans les foyers, on passait donc par ce cher et antédiluvien minitel. Si vous saviez les heures que j'ai passées à chatcher sur ce truc... Il y avait, à l'époque en tout cas, beaucoup plus d'hommes que de femmes inscrits sur ce genre de serveurs donc je me retrouvais chaque soir avec au bas mot une cinquantaine de messages. Et quand je me mettais en ligne c'était du délire, il m'a très vite fallu tenir un cahier afin d'éviter de me mélanger les crayons entre les "soupirants" et de risquer de demander à un chef mécanicien comment s'était passée son intervention à coeur ouvert de l'après-midi, ou à un musicien de jazz s'il pensait avoir réussi son examen de maîtrise en géopolitique. Bref. Un jour j'ai croisé sur ce minitel un homme, que je vais appeler P, l'initiale de son prénom. De dialogues passionnants on est passés au téléphone, des nuits presque entières. C'est un peu comme les blogs en fait, on parle de soi, de l'autre, de nous, on se dévoile en toute liberté, en toute confiance, en toute intimité. On s'enroule dans les mots, on se coule dans les voix, on se charme. Et on décide de se rencontrer. Mais pas n'importe comment. Le monsieur était joueur, et moi quelque part aussi... Le challenge était le suivant, je devais me rendre chez lui (il habitait à l'époque relativement près de chez moi)... nue. Enfin presque, juste en sous-vêtements sous un manteau. Et me bander les yeux en arrivant chez lui... Je vous laisse imaginer la peur et l'excitation mêlée d'un tel challenge. J'ai failli renoncer au moins 50 fois, j'avais le coeur qui battait à 100 à l'heure, je me disais que j'étais complètement tarée de faire un truc pareil. Non seulement je savais que je n'étais pas à l'abri de tomber sur un malade, malgré les heures passées au téléphone, mais prendre ma voiture et me balader quasiment à poil sous mon manteau, j'imaginais un bête accrochage et un contrôle de police... Mais c'était plus fort que moi. Non seulement je lui faisais confiance mais j'avais envie de lui prouver que j'avais des tripes. Et je l'ai fait. Je suis arrivée chez lui, avec l'impression que mon manteau était transparent et que tout le monde savait que je ne portais dessous que de la lingerie transparente et des dim-up. Comment j'ai pu faire ça je me le demande encore aujourd'hui... Arrivée devant sa porte je me suis bandée les yeux, j'ai pris une grande inspiration et j'ai sonné. Il m'a ouvert la porte, m'a pris par la main, m'a amenée près du feu de cheminée qui crépitait dans son salon, et m'a enlevé mon manteau. Il m'a embrassée, m'a rassurée, m'a allongée devant la cheminée, m'a caressée tout doucement. Je précise que j'avais toujours mon foulard en bandeau sur les yeux, je ne découvrais de lui que ce que sa bouche ou nos mains m'apprenaient, sa peau, son corps et son odeur. Il m'a fait jouir deux fois avant d'enlever le foulard de mes yeux, sans me pénétrer, rien qu'en me touchant et en me caressant.

On est restés quatre mois ensemble. On n'avait pas grand chose en commun finalement et notre histoire s'est éteinte d'elle même. Mais cette rencontre, wowww, je ne l'ai jamais oubliée... ;))

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mercredi 24 janvier 2007

Do you speak english ?

Il y a quelques jours je vous parlais ici d'un caractère indépendant acquis de bonne heure grâce à ma petite maman. Une chose est sûre, parmi tout ce qui en découle (de bien ou de moins bien d'ailleurs) le plus important est certainement une certaine forme de débrouillardise...

J'avais à peine 14 ans et je venais de passer trois semaines en Pays de Galles, c'était mon premier voyage à l'étranger, et en plus toute seule. J'étais pour la première fois de ma vie avec des étrangers sans mes parents, qui plus est des étrangers qui ne parlaient pas la même langue que moi. J'avais tout juste trois années scolaires d'apprentissage de l'anglais et je reconnais qu'au début du séjour je ne faisais pas la fière, voire je ne comprenais strictement rien. Mais après deux ou trois jours un peu difficiles je me suis parfaitement adaptée à la situation ainsi que très bien entendue avec ma famille d'accueil, qui était adorable et m'a durant ce laps de temps réellement intégrée à sa vie et à ses habitudes comme si je faisais partie de la famille.

Mon père a fait toute sa carrière au sein d'une très grande compagnie aérienne française et nous bénéficiions de tarifs de billets spéciaux ne coûtant que 10% du tarif du voyage. Mais il y avait certaines conditions à ces billets, notamment se placer le plus tôt possible en liste d'attente du vol choisi, au minimum 4 heures avant le départ de l'avion. Ma famille d'accueil galloise vivant à 3 heures de route de l'aéroport de Cardiff, le jour de mon retour en France ils m'ont déposée et après confirmation de mon inscription en liste d'attente sont tout naturellent repartis. J'attendais donc patiemment dans l'aéroport, sereine et contente de rentrer chez moi et de raconter mes superbes vacances à mes parents, et voilà que quelques minutes avant le décollage de l'avion j'apprends que je n'ai pas de place. Rien, terminada, impossible de prendre ce fichu avion. Ourf... D'autant que c'était le dernier de la journée. Bon, les neurones d'un coup un poil vacants et stressés (à cette époque j'en avais encore plein, des neurones) mais ne me démontant pas trop quand même je me réinscris sur la liste d'attente du premier vol du lendemain matin et pars en quête d'un coin si possible sûr et tranquille où passer la nuit. Pour la petite histoire, à 14 ans je mesurais déjà 1m72 mais je n'étais quand même qu'une gamine de 14 ans dedans, hein, et là j'avoue que je me suis sentie un peu seulette. Surtout au bout d'un certain nombre de refus des hôtels autour de l'aéroport de m'accepter pour la nuit, sous prétexte que j'étais mineure. Mais je ne voulais pas rester à l'aéroport, nom d'un chat ! J'avais en poche de quoi me payer une petite chambre d'hôtel, on n'allait pas m'obliger à dormir sur un banc de salle d'attente. Après plusieurs refus de divers hôteliers j'ai fini par craquer et par dire à la énième personne me racontant qu'elle ne pouvait pas m'accepter parce que je n'avais pas 18 ans qu'elle me jetait dans la rue, à la merci de n'importe quoi et de n'importe qui, et que c'était dégueulasse. Tout ça en anglais bien sûr (p'tain, si seulement j'avais gardé cette aisance dans la langue !) et un peu des larmes de panique dans les yeux aussi quand même. Et ça a marché. Attendrie la dame a accepté de me louer une chambre. Et si vous saviez comme j'ai été fière de moi, dans cette petite chambre fleurie (ben oui je la revois comme si c'était hier), comme une grande. J'ai demandé un réveil et un petit déjeuner, et c'est la patronne elle-même qui me l'a apporté le lendemain matin. Ensuite elle m'a appelé un taxi et m'a fait reconduire à l'aéroport à ses frais. Arrivée en France j'ai trouvé mes parents qui m'attendaient tous les deux à Orly, mon père un poil complètement paniqué "ahhhhhhh enfin la voilà !!" et ma mère souriante, calme et sereine genre "pfffff c'est ma fille, forcément elle s'est débrouillée".

Oui, je m'étais débrouillée  :-)

Je pars demain pour mes trois journées pampa, bonne fin de semaine, et des bisous à toutes et à tous

Edit de jeudi 25 à 13h30 : contrairement à mon intention je n'ai pas eu le temps d'aller voir ce matin tous mes blogamis, et là il faut vraiment que je file je suis méga en retard. J'espère que les ceusses chez qui je ne suis pas passée ne m'en voudront pas trop, et je réitère mes bisous à tout le monde. A samedi  ;)

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lundi 15 janvier 2007

Hou la voleuse

Il nous arrive à tous, un jour ou l'autre, l'une de ces situations qui ressemblent à un cauchemar, ou à un mauvais film, sauf que celle-là est réelle et que l'on ne peut pas s'en réveiller d'un claquement de doigts ou d'un secouage de tête ; il faut la vivre, quelle qu'elle soit, assumer ses bêtises et essayer de s'en sortir avec le moins de casse possible.

La mienne m'est arrivée il y a un peu moins de 10 ans. Je traversais une période difficile sentimentalement parlant, doublée d'un pataquès financier qui me laissait avec très peu de revenus mensuels. Un jour après avoir fait mon petit approvisionnement hebdomadaire je réalisais que j'avais oublié dans mon "Médor" (nom que je donne aux sacs sur roulettes qu'on traîne derrière soi comme un petit chien ;) ) au moment du passage en caisse deux petites bricoles qui du coup n'avaient pas été comptabilisées. Euréka, qu'à cela ne tienne la fois suivante j'en laissais trois, volontairement. Et un peu plus chaque semaine. C'était tellement facile. Pendant des mois j'ai ainsi sorti de la grande surface près de chez moi entre 100 et 150 frs de marchandises non payées. Jusqu'au jour où, à la sortie de mon passage à la caisse, m'attendaient deux vigiles qui me demandèrent de vider mon cabas et pointèrent chaque objet par rapport à mon ticket de caisse. Bien évidemment ils trouvèrent très rapidement un certain nombre de marchandises non comptabilisées. Et zou, direction les entrailles du magasin et le bureau du chef de la sécurité, un molosse pas particulièrement affable qui avait déjà la main sur son téléphone pour appeler la police. J'avais été suivie par caméra au hasard et il avait eu un doute sur le nombre d'objets que j'avais passé en caisse par rapport à ce que j'avais mis dans mon caddie. Bingo. Et je vous assure que là vous avez l'impression que votre petit monde s'effondre sur votre tête. Vous avez honte, et surtout vous avez peur. Vous vous dites "non je rêve, je vais me réveiller", mais vous ne dormez pas, c'est la réalité et vous êtes sur le point de vous retrouver en garde à vue pour vol qualifié. Deux minutes avant vous vous apprêtiez à rentrer tranquillement chez vous et là d'un coup on vous dit que vous allez repartir dans un fourgon de police et passer la nuit au commissariat. Vous avez beau essayer de faire croire au monsieur que vous ne l'avez pas fait exprès, que vous aviez la tête ailleurs et que vous avez juste bêtement oublié certaines choses au fond du médor au moment de passer en caisse, il ne vous croit bien sûr pas une seconde. Il vous demande d'avouer, vous maintenez votre version : c'est une erreur, un malencontreux quiproquo, vous ne l'avez pas fait exprès.

J'ai eu de la chance. Parce que je suis une femme, parce que j'avais 38 ans à l'époque et mon "tortionnaire" environ 35, et surtout parce qu'il a parlé de racisme (une histoire avec une précédente femme prise aussi la main dans le sac et qui l'avait insulté. Pas très maline la minette). Il était maghrébin, et j'ai alors parlé de mon voyage dans le Sahara. Et à partir de ce moment on a parlé de l'Algérie comme si j'en revenais à peine, lui qui l'avait quittée 30 ans auparavant et rêvait tant d'y retourner. Il ne doit probablement pas y avoir beaucoup d'européennes qui racontent le désert comme si elles y avaient laissé un morceau de leur âme. J'ai eu de la chance, je m'en suis sortie avec une invitation à boire un café la prochaine fois que je viendrais. Je n'ai jamais bu ce café, et je n'ai plus jamais rien volé, pas même une queue de cerise. Mais jamais je n'oublierai cette sensation d'être en train de vivre un cauchemar tout en sachant désespérément que l'on est en pleine réalité, que l'on a fait une énorme connerie, que l'on ne peut pas rembobiner le film et revenir en arrière pour tout effacer, et que l'on va devoir payer ladite connerie d'une manière que l'on n'a pas du tout mais alors pas du tout prévue...

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mercredi 10 janvier 2007

Terreur enfantine

Je suis une grande inquiète. Dès que je tiens un tant soit peu à quelqu'un j'ai très facilement peur qu'il lui soit arrivé quelque chose de pas cool, je l'ai encore prouvé hier en étant sur le point d'appeler FBI : portés disparus pour les lancer à la recherche de mon blogami Dean. Tout ça parce que quelqu'un m'avait quatre jours plus tôt appelée du téléphone portable de Dean, téléphone qui avait été trouvé dans la nature, que je n'avais pas de réponse au mail que je lui avais envoyé pour lui donner les coordonnées de la personne qui avait récupéré l'engin, et qu'il avait huit jours de "retard" dans la date prévue de son retour d'échappée sauvage à travers la France et la Navarre. Comme vous pouvez le constater il m'en faut peu. Cela dit, quand on connaît le personnage et que l'on sait qu'il y a deux ans il a failli se rompre la colonne vertébrale en faisant au cours d'une randonnée en pleine nature montagneuse une chute de plusieurs dizaines de mètre sur le dos et qu'il a eu la vie sauve en partie grâce à sa chienne, ça s'explique un peu kanmême, hein ;-)

Pour en revenir à mon inquiétude-mania chronique, je ne sais pas si j'ai été câblée comme ça dès la fabrication mais il m'est arrivé quand j'étais gamine une histoire qui n'a pas dû arranger les choses. Je devais avoir 10 ou 11 ans. Mes parents travaillaient tous les deux, et j'avais l'habitude de rentrer seule de l'école, de trouver mon goûter dans le frigo et de commencer mes devoirs. J'ai été indépendante très tôt, ma mère me faisait une totale confiance et je n'ai d'ailleurs jamais fait la moindre bêtise. Tous les après-midis quand je rentrais de l'école je trouvais scotché sur la porte du frigo un petit mot de ma mère : "il y a un petit pain au lait et du chocolat pour ton goûter", "n'oublie pas de travailler ton piano", "Mme X doit rapporter le linge du pressing" (je n'ouvrais pas la porte si je n'attendais pas quelqu'un en particulier), "il y a 10 Frs sur la table pour les choses dont tu as besoin à la librairie", etc., petits billets d'attentions et d'amour qui m'accueillaient tous les jours et qui se terminaient toujours par plein de bisous (je les ai tous gardés, ils reposent dans une belle boîte peinte bleue et verte...). Donc, toutes les fins d'après-midi je faisais ce que j'avais à faire à la maison. Je devais rester seule environ 1h30 et ma mère arrivait juste après que je me sois sagement mise en pyjama, vers 18h30 ; je vous l'ai dis, j'étais très sage -et pas la peine de dire que je me suis rattrapée par la suite, hein... ;-). Mais un beau jour ça a été le drame, à cause d'une gigantesque grève des fonctionnaires qui paralysait la France. En fin d'après-midi ma mère s'est retrouvée bloquée à attendre vainement ses deux bus successifs et mon père était complètement coincé en voiture dans un embouteillage dantesque qui couvrait toute la région parisienne. Pas de téléphone portables bien évidemment, ça se passait en 1969 ou en 70, je ne suis même pas sûre qu'il y avait beaucoup de cabines téléphoniques dans les rues. Bref, j'avais fini mes devoirs, puis pour me tenir compagnie j'avais allumé la télé, et d'un coup en voyant arriver les informations j'ai réalisé qu'il était beaucoup trop tard, qu'il faisait nuit et que j'étais toujours toute seule. Et là, panique, panique totale, panique irraisonnée comme les enfants peuvent en ressentir. J'ai été persuadée au plus profond de moi que mes parents ne rentreraient pas, plus jamais, qu'ils étaient forcément morts, et que j'étais à partir de ce moment toute seule dans la vie. Je crois que je ne me suis plus jamais sentie autant complètement et intensément  perdue de toute ma vie. Je me suis assise sur le canapé et j'ai commencé à pleurer toutes les larmes de mon corps, dans le noir car je n'ai même pas pensé à allumer les lumières du séjour. Alors notre chatte, une adorable bestiole qui avait été sauvée par ma mère du cruel balai du propriétaire de l'immeuble trois ans auparavant alors qu'elle avait à peine 1 mois, est venue s'installer sur moi. Elle léchait mes larmes, me mordillait tout doucement les mains et ronronnait très fort en me regardant droit dans les yeux, j'avais l'impression qu'elle me disait "ne t'inquiète pas, je suis là, je ne t'abandonnerai pas". Quand mon père est enfin arrivé le premier, vers 21h00 je crois, il a trouvé sa fille en gros sanglots assise sur le canapé et cramponnée à la douce petite chatte ; et il paraît que je lui ai dit que Miquette m'avait sauvé la vie.

Je n'aime pas trop chercher à tout prix dans l'enfance les raisons du moindre de nos comportements d'adultes, mais je crois que là quand même il a dû y avoir un léger traumatisme. Alors bon, sachez que si je vous aime vous n'êtes pas à l'abri de trouver un jour les forces d'intervention spéciales ou la DST devant votre porte... ;-)

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Voilà à quoi ressemblait ma Miquette sauveteuse

jeudi 09 novembre 2006

Egales parallèles

J'ai toujours été attirée par les personnes se situant en dehors des normes. D'ailleurs je n'ai jamais très bien su ce qu'était une norme, ce que les gens entendaient généralement par ce mot, et depuis que je suis toute gamine je vais d'instinct vers les êtres plus ou moins marginaux. Il paraît que ça a commencé dès la cour de la maternelle, et ça ne s'est jamais vraiment calmé. J'ai passé toute mon enfance et mon adolescence en banlieue parisienne, proche d'un quartier un peu chaud que j'ai traversé deux fois par jour durant six ans pour aller au lycée. L'une des rues que j'empruntais voyait en une journée plus de voitures de flics que de berlines familiales, j'ai assisté à des arrestations sauvages et violentes pour les yeux d'une gamine de 12 ans et quelque chose en moi pleurait toujours pour la personne arrêtée ; jamais il ne me venait à l'esprit qu'elle était peut-être vraiment coupable de quelque chose. Il me reste des images très précises de cette période, des visages de minis durs grandis trop vite et aux regards sauvages qui se voulaient des grands méchants mais qui me parlaient avec douceur du soleil et de leurs frères et soeurs avec des larmes tout au fond de leurs yeux, qui demandaient avidemment à la sage gamine que j'étais ce qu'elle apprenait à l'école, et qui me rendaient mes sourires et mes rires comme s'ils étaient la plus jolie chose qui pouvait leur arriver dans une journée. Année après année j'ai côtoyé innocemment un petit morceau de ce qu'il était convenu d'appeler la lie de la société, sans jamais voir la moindre différence entre leur âme et la mienne, et sans jamais avoir la moindre peur d'eux. Pourtant, il paraît que j'aurais dû... A l'âge de 16 ans, je me suis tout naturellement retrouvée entourée de ce qu'on appelait à l'époque des "loubards". Je faisais de la danse une fois par semaine et devais traverser un quartier difficile à 21h00 pour rentrer chez moi. Ma petite maman se faisait un peu de souci et me tarabustait pour que je prenne parallèlement des leçons de judo afin que je sois capable de me défendre en cas de besoin, je lui expliquais que je ne risquais rien, et surtout que je n'avais absolument aucune envie de faire du judo. En réalité j'ai risqué, fréquemment, mais chaque fois un gars sorti de l'ombre, souvent inconnu, m'a raccompagnée jusqu'à ma porte, en silence, sans rien dire d'autre que de s'assurer de qui j'étais et de me promettre qu'il ne m'arriverait rien. J'en ai vu des ombres de la nuit... Et d'ailleurs qui étais-je ? Une espèce de presque petite bourgeoise de 16 ans qui habitait Colombes et qui connaissait pas mal de voyous depuis plusieurs années, qui rigolait avec eux tous les matins et qui pleurait quand elle les voyait se faire taper dessus par la police ou se faire embarquer dans les fourgons. Une jolie (ben oui, paraît que j'étais très jolie !) et sage adolescente au coeur tendre qui avait  un jour conquis le coeur d'un chef de bande, et qui du coup s'est retrouvée plus protégée que l'enfant d'un patron de la mafia. Il ne s'est jamais rien passé de plus qu'un flirt entre ce "chef" et moi, c'était une sorte d'amour tendre et subtil que tous les autres respectaient, mais j'ai néanmoins parfois vu des choses que j'aurais préféré ne jamais voir. Pourtant il en a fait des concessions pour moi, pour me protéger de la violence et du désespoir de son univers... Pour tout vous dire je n'ai jamais vraiment compris ce qui m'arrivait à cette époque. J'avais l'impression de vivre dans un monde différent du sien, du leur, tout en étant aussi proche d'eux qu'on pouvait l'être de quiconque et en les comprenant, en les côtoyant et en les aimant. Parce que je les aimais vraiment, une partie de moi se sentait exactement comme eux.

Les années ont passé, pas mon attirance instinctive vis à vis de ceux qui sont souvent considérés comme plus ou moins marginaux. Bien sûr la marginalité qu'il peut m'arriver de côtoyer aujourd'hui n'est plus la même, elle est beaucoup plus soft, plus subtile, plus civilisée (j'aime bien les expressions antonymes ;) ) mais je crois que je ne cesserai jamais d'apprécier les personnalités différentes, anticonformistes et un peu sauvages, boudées, rejetées, méprisées ou tout simplement craintes ; je ne sais pas pourquoi mais quelque chose en moi les ressent profondément, du fond de l'âme, un peu comme si l'on avait dans une autre existence partagé beaucoup de morceaux de vies et de coeur...

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mercredi 13 septembre 2006

Les années 4X4

Il y a  environ 17 ans, suite à je ne sais plus quelle histoire sentimentale cahoteuse et pour me changer les idées, ma "puce andalouse" (qui n'est d'ailleurs maintenant plus andalouse) m'a emmenée avec elle passer un dimanche avec des amis férus de 4X4. Je crois qu'il ne m'a même pas fallu une heure pour être conquise par ce sport de fous. J'ai aussi ce jour-là fait la connaissance de Pascal avec qui j'allais rester 4 ans, (et avec qui je suis partie dans le Sahara), d'une bande d'amis qui sont vite devenus très proches et de copains avec qui j'ai piqué les plus énormes crises de fou rire de toute ma vie. Il faut dire que ce n'était pas des tristes, tous. C'est d'ailleurs l'une des premières choses qui m'ont fait craquer pour Pascal, cet humour souvent trash et décalé qui fonctionnait en continu.

Pendant 4 ans, au moins une fois par mois il y a eu une sortie 4X4. Parfois de simples ballades, parfois des rallyes. Jamais de vitesse dans ces rallyes, la sélection des gagnants se faisait par les difficultés du terrain (et parfois c'était pas piqué des vers) ou du road book, mais il n'était pas question de foncer comme des malades sur les petits chemins de randonnées. C'est vraiment dommage que je ne puisse pas vous montrer mes photos papier parce que c'est parfois impressionnant : voitures passant dans des cours d'eau si haute qu'elle monte jusqu'à la moitié des portières, terrains tellement accidentés qu'on a l'impression que les véhicules, penchés jusqu'à l'extrême limite du basculage, avancent sur seulement 2 roues (ce qui était parfois le cas), embourbements en séries... Il y avait la ballade dans le Morvan pendant le week-end du 11 novembre, 3 jours dans une forêt sublime aux feuilles dégradées de toutes les couleurs de l'automne ; le rallye de Bretagne, en mars, ou un jour Pascal a mis la voiture dans une telle situation d'équilibre bancale au dessus d'un fossé très profond qu'il a fallu 2 autres véhicules pour la treuiller de concert afin d'éviter qu'elle ne bascule complètement dedans, avec moi d'ailleurs, vu que je ne pouvais pas en sortir sous peine de rompre le fragile équilibre qui la maintenait au dessus du trou ; le rallye Paris-Dieppe, au mois de janvier, qui se déroulait de nuit et qui nous apportait invariablement le plus de pannes ou de casse, comme si les voitures prenaient un malin plaisir à nous compliquer les choses en nous obligeant à réparer à la lueur de torches ; et puis des dizaines d'autres week-end et de balades un peu partout en France. Bizarrement, moi qui n'ai pas un sens de l'orientation exceptionnel, et loin de là même, je suis vite devenue la reine du road book. Je ne me gourais quasiment jamais (et dieu sait pourtant si les cases étaient parfois prises de tête à interpréter par rapport à la réalité du terrain), à tel point que quand Pascal ne pouvait pas participer à un rallye parce qu'il l'avait organisé et faisait partie de l'équipe d'encadrement, nos copains se battaient presque pour que je sois leur navigatrice.

C'était des moments fabuleux, qui raisonnaient de rires et de plaisanteries en continu à travers nos CB. Et en-dehors du plaisir réel des ballades ou des rallyes et de l'excitation de faire passer nos véhicules par des endroits pas possible, on adorait être tous ensemble. Au complet nous étions une quinzaine de voitures, soit entre 25 et 30 copains et copines. C'est du passé maintenant, définitivement. Tout d'abord parce que quand j'ai quitté Pascal, le noyau d'amis proches de nous deux (avec qui nous avons fait le voyage dans le Sahara) a pris parti et n'avait plus très envie de me voir, ensuite parce que j'ai depuis réalisé à quel point cette activité est polluante et dommageable pour la nature, et que donc je refuserais aujourd'hui de la pratiquer. Mais j'en ai gardé un excellent et précieux souvenir et l'ambiance de ces instants me manque souvent, comme l'un des morceaux particulièrement agréables d'un moment de ma vie particulièrement équilibré.

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Monument Valley, Arizona

lundi 21 août 2006

Me and Mrs Jones

J'avais 15 ans et j'entrais en seconde, au lycée. Comme la plupart des gosses de cet âge, l'essentiel de ma vie tournait autour des copains, de l'école (pour les copains, surtout ;)), et de mes parents -avec qui je m'entendais très bien, ce qui me faisait d'ailleurs un peu passer pour une extra-terrestre. Cette année-là, à peine quelques jours après la rentrée j'ai croisé le regard de ce garçon, Frank, qui n'a plus jamais quitté mes pensées durant un an. Un coup de foudre je crois. On s'est couru après jour après jour, à coups de regards dérobés, de mots couverts et de gestes furtifs, sans jamais oser aller plus loin. Je ne crois pas que l'on était timides et je ne sais toujours pas pourquoi il ne s'est jamais rien passé entre nous. On se voyait tous les jours au lycée, on faisait partie de la même bande de copains, on allait au ciné ensemble, se balader dans des parcs, on se retrouvait chez des amis communs. On épiait tous les deux le moindre geste de l'autre, on avait toujours besoin de savoir avec qui il ou elle était et pour y faire quoi, on était carrément jaloux. Et elle a été mise à rude épreuve cette jalousie ! Parce qu'on flirtait avec d'autres, on a même tous les deux et en même temps eu une petite histoire avec un garçon et une fille qui venaient de se quitter. Le tout en se lançant des regards assassins bien sûr... On avait nos espions, ma meilleure amie pour lui et son copain le plus proche pour moi. Qu'est-ce qu'on a dû leur casser les oreilles les pauvres ! On n'était jamais bien loin l'un de l'autre ; que ce soit au lycée (en salle de permanence, à la cantine, au cours de sorties éducatives du genre visites de musées) ou chez les copains, quand on en voyait un l'autre était forcément à portée de regard. On savait tous les deux ce que l'autre pensait au moment où il le pensait, je crois que l'on aurait pu tracer des autoroutes avec les ondes qui nous reliaient en permanence. On en a alimenté des discussions, des hypothèses et des questions...

A cette époque-là, à 15 ans on n'avait généralement pas encore le droit de sortir le soir, alors certains mercredis après-midi se transformaient en espèces de boums chez les uns ou les autres, en fermant les volets et en tirant les double rideaux. Et je me souviens comme si c'était hier de cette boum bien particulière chez mon amie Patricia, je revois même la décoration et la configuration du salon. Et je ressens encore cet immense et incomparable sentiment de bonheur quand Il est venu m'inviter à danser sur "Me and Mrs Jones". Quatre minutes de tendresse infinie et de magie à l'état pur, quatre minutes rien que pour nous deux, quatre minutes à tenir l'autre dans ses bras et à le respirer, quatre minutes dans la même bulle de fusion, quatre minutes de suspension du temps, quatre minutes en équilibre au bord du baiser. Je crois qu'en ces quatre minutes, on a partagé plus de choses que certains couples en partagent durant des années.

Ce jour-là, cette chanson est entrée dans ma vie et n'en est plus jamais ressortie. Elle représente pour moi le summum du romantisme et chaque fois que je l'entends mon esprit part ventre à terre rejoindre ce souvenir précieux et les sensations qui y sont reliées, ainsi que le quotidien et les images de toute cette époque restées absolument intactes. A la rentrée suivante, Frank partait dans un autre lycée et l'on ne s'est jamais revus...

samedi 12 août 2006

Quand je serai grande

Quand j'étais gamine et que l'on me demandait ce que je voudrai faire plus tard, d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours répondu quelque chose ayant un rapport avec le dessin. J'adorais dessiner. Certes tous les gosses dessinent, c'est même leur premier moyen d'expression écrite -et d'expression tout court d'ailleurs je crois, avant la parole. Mais j'y passais des heures, je dessinais et reproduisais tout ce qui me tombait sous la main ou plutôt sous les yeux. J'ai même, vers l'âge de 8 ou 9 ans, reproduit toutes les illustrations du livre de Bambi que l'on venait de m'offrir. Et c'était drôlement bien fait ! Je ne dis pas que Walt Disney s'y serait trompé, mais ce n'était vraiment pas le résultat habituellement produit par un enfant de 8 ans. Je dessinais les meubles autour de moi, la nature, les maisons et autres constructions, je reproduisais les dessins des autres : BD dans les journaux de mon père, illustrations diverses dans les magasines ou livres de cuisine de ma mère, tout était prétexte et modèle. Et à cette question tant aimée des adultes "Que veux-tu faire quand tu seras grande ?" Je répondais invariablement "Dessiner". Quand je suis entrée au lycée je me suis inscrite à l'atelier de dessin de l'établissement, où j'ai appris un minimum de technique. Je dessinais moins souvent, devoirs de classe, visites-papotages avec les copines et flirtage avec les garçons obligent, mais ça restait ma passion. Hélas, j'ai tellement galéré ensuite, de la seconde à la terminale ("aux" terminales devrais-je dire...), que je n'ai plus voulu entendre parler d'études supérieures (il avait été question que j'intègre une école d'arts) et me suis mise à travailler tout de suite après. Si l'on savait à quel point certaines des décisions que l'on prend à cet âge peuvent être importantes, et combien les erreurs peuvent être conséquentes... Je n'ai bien sûr jamais fait un travail ayant de près ou de loin un rapport avec le dessin, mais le rêve est longtemps resté posé en filigrane sur mes espoirs d'avenir. J'ai envisagé le stylisme, j'ai même un sacré paquet de dessins de mode dans mes tiroirs. J'ai lorgné du côté de la décoration d'intérieur, je me voyais bien créer une petite structure de conseil en déco pour petits budgets. Mais je ne suis jamais allée au bout de mes rêves. Pas les bons moments, pas les moyens de reprendre des études, pas le temps, pas assez sûre de moi, pas ceci ou trop cela. Maintenant, je sais bien quelle est la raison principale à poser en responsable de ces ratages : pas assez de courage.

Finalement, il n'est je crois pas si fréquent de réussir à embraser la carrière que l'on a rêvée quand on était enfant. Pour beaucoup de raisons diverses d'ailleurs, dont parfois comme pour moi un manque de tripes et de ténacité. De temps en temps, quand je m'interroge un peu trop sur ce qu'aurait pu être ma vie si j'avais eu ce courage à certains moments clés, je finis par me me dire que ça n'aurait peut-être pas marché parce que je n'étais somme toute pas si douée que ça pour le dessin. Facile certes, mais aussi un moyen comme un autre de ne pas trop se laisser engluer dans les regrets. La vérité c'est que je n'en sais rien et ne le saurai jamais. Et je suis pleine d'admiration pour les personnes qui savent aller au bout de leurs rêves et mettre toute leur ardeur au service de leur passion... Cette réflexion m'a été inspirée par Missy'V, qui me disait dans un commentaire de l'avant dernière note qu'elle rêvait d'être astronaute quand elle était petite. Certes elle visait haut, très haut, et son rêve était particulièrement difficile à atteindre, mais il faut reconnaître que nous sommes hélas nombreux à ne pas avoir pu suivre les vocations de notre enfance. Et quelles qu'en soient les raisons, je trouve que c'est quand même sacrément dommage...

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mardi 01 août 2006

Flash-back

Il y a 15 ans, en juillet 1991, je suis partie pour des vacances rejoindre en Grèce l'homme avec qui je partageais à l'époque une très jolie histoire d'amour. Il était grec, et pour respecter son anonymat on va l'appeler Sandro -même s'il doit y avoir une chance sur plusieurs milliers qu'il tombe sur ce texte. Nous n'habitions pas ensemble mais nous vivions une très belle histoire, à la fois intense et fragile,  puissante et légère, douce et naturelle. On se voyait tous les jours car on travaillait dans la même agence commerciale, et je passais au moins 5 soirées et nuits chez lui par semaine. On avait beaucoup d'amis communs, nos collègues, et on faisait énormément de fêtes chez lui. C'était une sorte de belle vie, faite d'amour, de rires et de bon temps, j'ai un paquet de photos qui en témoignent.

Donc, début juillet de cette année 1991, la veille de mes 32 ans (Sandro en avait 38), j'ai comme convenu débarqué à Athènes où il avait quelques jours auparavant commencé ses vacances en famille chez l'une de ses soeurs. J'avoue que je n'ai pas retenu grand-chose d'Athènes, c'est une ville très polluée que je n'ai pas eu le temps de visiter. Je me souviens essentiellement du superbe appartement avec une terrasse immense de la soeur de Sandro, sur les hauteurs de la banlieue d'Athènes, de la gentillesse de ladite soeur et de la beauté de sa fille adolescente, ainsi que de la façon de conduire très spéciale des Grecs, au klaxon. Ils foncent comme des fous et se signalent aux carrefour ou aux feux (quelle qu'en soit la couleur) en klaxonnant, aux autres de freiner à temps pour les éviter. Je me souviens aussi de mon effarement en revenant de l'aéroport avec Sandro, dont je découvrais une façon de conduire plutôt différente de celle que je connaissais en région parisienne... Le surlendemain de mon arrivée nous sommes partis à la campagne où nous attendaient deux de ses cousines, d'adorables jeunes femmes qui m'ont elles aussi accueillie à bras ouverts et chez qui on a passé deux jours. Puis, direction le rêve, une île, en amoureux. Impossible hélas de me souvenir avec certitude du nom de cette île, il y a plusieurs archipels rattachés à la Grèce et beaucoup d'îles, et je n'ai bêtement rien précisé dans mon album de photos. Tout ce que je sais c'est qu'elle était très belle, assez petite, pas très loin d'Athènes (moins de 2 heures en hydroglisseur) et interdite à tout véhicule à moteur. Après une petite recherche sur le net je pense qu'il s'agissait de l'île d'Hydra, en Saronique, mais je n'en suis pas absolument certaine.

Nous sommes restés une dizaine de jours sur cette île, et si ça n'avait tenu qu'à moi j'y aurais bien passé plusieurs semaines. Je me souviens comme si c'était hier de la pureté de l'eau, de la luminosité et de la chaleur du soleil, de la blancheur des maisons et des ruelles, et de plein, plein de bleus différents : le ciel, la mer, les portes et les volets des maisons... On logeait dans une toute petite pension de famille au fin fond d'une ruelle étroite, un peu en hauteur, dans une chambre aux murs crépis de blanc et aux meubles en fer forgé. On se levait tard, on allait se baigner au milieu des rochers et on lézardait au soleil, on déjeunait tardivement de salades dans des restaurants minuscules. On se baladait sur l'île, à pied car les véhicules y sont interdits, on y a fait des kilomètres. En fin de journée on s'installait sur le port pour boire un Ouzo en mangeant des olives, puis on rentrait à l'hôtel pour se reposer ou faire l'amour et on ressortait pour dîner vers 22 ou 23h00. Comme tous les pays chauds, la Grèce vit le soir et une bonne partie de la nuit. Je me souviens de petites tavernes dont les tables au bord de l'eau étaient éclairées à l'aide de photophores ou de lampes à huile, et où des serveurs jovials et chaleureux posaient sur des nappes à carreaux attachées aux tables par des pinces à linge tout l'ensemble de notre commande en même temps : salade épicée de tomates, oignons et féta, brochettes de viande ou de poisson cuits au feu de bois, légumes et pommes de terre sautés, que l'on arrosait de bière ou d'un vin rouge foncé exhumé de la cave dans des bouteilles ventrues recouvertes de poussière. Ensuite on marchait dans l'air rafraîchi de la nuit, on refaisait le monde et on se racontait nos vies. Sandro m'apprenait son pays, qu'il adorait, même s'il n'y vivait plus depuis longtemps. Parfois on terminait la soirée (enfin si on peut encore parler de soirée à 2h00 du matin !) dans un pub où nous avions sympathisé avec l'un des serveurs qui aimait essayer sur nous son esprit créatif en matière de cocktails. Il nous servait ses essais dans des petits verres à digestif, mais au bout de 10 "goûtages" on avait un mal fou à les différencier les uns des autres et il fallait tout recommencer la fois suivante, d'autant que l'inventeur testait ses créations avec nous et perdait assez vite le fil de ses recettes... Je me souviens de la fois où après l'une de ces fins de soirées agitées, Sandro et moi sommes allés nous installer en bord de mer sur les rochers pour regarder le lever du soleil (enfin des soleils, on voyait tous les deux un peu double), puis nous sommes perdus dans les petites ruelles blanches encore endormies en voulant regagner notre hôtel et avons finalement fait l'amour dans l'une de ces ruelles, dans le renfoncement d'une porte, en pouffant de rire comme des gosses... ;-)

Il est toujours très difficile de transmettre ses souvenirs, surtout par écrit, il nous faudrait pouvoir projeter les images photographiées dans notre tête et les sensations imprimées dans notre coeur. Les mots sont forcément plus fades. J'espère que cette note ne vous paraîtra pas trop longue, mais ce souvenir est omniprésent en moi depuis que j'y ai fait allusion dans mon avant-dernier billet et j'ai eu envie de vous le faire un petit peu partager ;-)

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lundi 22 mai 2006

Réminiscences

On parle beaucoup de la Bretagne en ce moment un peu partout sur la blogosphère, je ne sais pas pourquoi. Hasard probablement ? Pour moi, la Bretagne c'est l'image d'une petite maison orange pâle avec un portail en fer forgé, battue par les vents, isolée à quelques mètres de l'océan, un peu en hauteur et sur une petite falaise. Elle est simple et assez spartiate (c'est une maison de location), elle sent le bois, l'iode et le sel, et il y a une cheminée immense dans le séjour. La chambre est glaciale et ascétique (il n'y a pas de chauffage central dans la maison, juste un petit radiateur électrique dans les pièces principales), mais la taille du lit est impressionnante, on doit pouvoir y dormir à plusieurs sans aucun problème et il faut presque un tabouret pour monter dedans tellement il est haut. Il est recouvert de plusieurs duvets de plume doux et moelleux et les draps de vieux lin usé et un peu rêche sentent l'humidité et le savon de Marseille. Je me souviens de dîners et de soirées installés tout près de la cheminée où flambe et crépite un feu presque en continu. Je me souviens de fruits de mer et de poissons fermes aux yeux brillants achetés sur le port, de vin blanc, de jeux de cartes et de lecture. Je me souviens de longues promenades au bord d'un océan gris et déchaîné dont on revenait littéralement saoûlés par un vent âpre et salé à la limite de la tempête, et parfois aussi trempés par les fréquentes et violentes averses de pluie. Je me souviens de cet endroit sauvage et presque hors du temps, des cris incessants des mouettes et du bruit continuel du ressac, et d'une sensation de puissante sérénité. Je me souviens du plaisir quotidien de voir la petite maison orange surgir juste après l'angle de la falaise quand on revenait de balade, comme un refuge bienveillant, et de cette impression que j'arrivais chez moi.

Je ne sais pas pourquoi je me rappelle si bien cette minuscule partie de ma vie, tout juste une semaine, qui se situe dans une période difficile et malheureuse où en 5 années les heures de bonheur et d'accalmie ont été excessivement rares. D'ailleurs, la petite maison orange n'a pas entendu que des rires au cours de ce séjour. Mais j'ai en tête les images, les odeurs et les sensations précises de ces quelques jours comme si j'en revenais à peine, et chaque fois que ce souvenir afflue je ressens une profonde envie de retourner là-bas. Je suis pourtant revenue une ou deux fois en Bretagne par la suite, en été, mais quand je me représente mentalement ce pays c'est toujours avec la photo d'un océan de novembre sombre et battu par les vents, et d'une petite maison orange solidement campée au bord d'une falaise. C'est depuis ce jour que je rêve de vivre au bord de la mer, parce que je sais que je l'aime en hiver. Et en attendant je rêve d'un autre séjour en Bretagne, en novembre, dans une maison perchée au bors d'une falaise, avec une cheminée immense et un grand lit de bois...

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